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LES PATROUILLEURS DE LA MER

   
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LES PATROUILLEURS DE LA MER

reportage réalisé avec Marie-Anne Nourry pour l'Etudiant

Le Téméraire, l'un des quatre sous-marins français chargés de la dissuasion nucléaire. Cinq jours avec l'équipage, au départ de l'île Longue (29), la plus secrète des bases de la Marine Nationale.

Les téléphones portables sont restés à la base. Durant la
patrouille, « le Téméraire » n'aura aucun contact avec le monde extérieur, l'émission d'ondes risquant de trahir sa position. Il reviendra à l'île Longue quand il sera arrivé au bout de ses provisions. Sans cela, le monstre d'acier pourrait naviguer des années durant, en parfaite autonomie : le réacteur nucléaire assure la propulsion, l'air est renouvelé, et l'eau de mer transformée en eau douce.
Mais ce n'est pas tant la limitation des vivres qui l'oblige à
remonter à la surface que le moral des troupes. « Certains
changent de comportement vers la fin, ils se renferment »,
remarque Alexandre. Lui n'a jamais rencontré ce problème, mais il ressent toujours un pincement au cœur au moment d'embarquer.

Départ sous haute surveillance

Dans le ciel rosé, un hélicoptère militaire effectue des rondes. Personne ne doit savoir où se rend « le Téméraire », qui sera escorté par des fusiliers commandos jusqu'à son immersion complète. Encadré de puissants remorqueurs, il entame sa route dans le goulet de Brest, un ­chenal étroit qui va le mener aux portes de l'océan. L'opé­ration est délicate. Lourd de 14 000 tonnes et long de 140 mètres, le sous-marin est aussi haut qu'un
immeuble de six étages.

À l'écoute des bruits de la mer pour s'orienter
Au sein de la salle de contrôle, cœur battant du sous-marin, la tension est à son comble. Vingt personnes fourmillent autour du commandant, les yeux rivés sur les écrans. La pièce est seulement éclairée par des clignotements rouges et jaunes. Les issues viennent d'être bouchées et les mâts rentrés. Le périscope est le dernier œil du sous-marin encore ouvert sur l'extérieur. Lorsque le monstre va s'enfoncer dans les eaux sombres de l'Atlantique, il deviendra complètement aveugle.

« Le Téméraire » ne dort jamais
Toutes les quatre heures, en moyenne, les équipes se relaient à leurs postes. Le quart le plus redouté est sans conteste le «zérac », de minuit à 4 heures. Le réveil est parti­culièrement douloureux pour ceux qui se sont endormis après dîner. À cette heure, les coursives sont silencieuses. Des loupiotes rouges permettent de se diriger mais les sous-mariniers ont toujours une lampe frontale sur eux. Philippe (1), le barreur, est aux commandes du sous-marin. Comme dans un avion, il est assis face
à un panneau couvert de cadrans pour piloter le Téméraire. Il lutte contre la fatigue pour rester attentif à l'évolution des
paramètres de contrôle.


Toujours sur ses gardes
Cette nuit, une fausse alerte incendie est déclenchée à 1 heure. Ce type d'exercice est essentiel pour que les sous-mariniers puissent combattre, sans paniquer, les deux ennemis du sous-marin que sont le feu et la voie d'eau. Un début d'incendie est donc déclaré dans une chambre. La fumée factice envahit les coursives. Au tour de Johan, le missilier, d'enfiler l'un des costumes de pompier. Aucun rapport avec son métier, mais tout le monde doit pouvoir intervenir. Bilan : un mort théorique. Ils
devront faire mieux la prochaine fois.

Les 16 fusées de 11 mètres de haut, équipées chacune de six bombes atomiques, sont prêtes à être lancées, sur ordre du président de la République. Leur puissance : 500 fois Hiroshima. « Notre but n'est pas de les utiliser, c'est de maintenir la paix », tranche Johan. Car si l'équipage recevait un jour l'ordre de tirer, cela signifierait que sa mission de dissuasion a échoué.