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TRAVERSEES

   
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TRAVERSEES

LES CORPS CELESTES

Depuis 20 ans la chorégraphe Kitsou Dubois travaille sur
l'apesanteur. Avec ses danseurs, elle expérimente vols en
gravité zéro et danse sous l'eau. Forte de ses collaborations avec différentes équipes scientifiques, elle réinvente dans ses spectacles les rapports entre corps, mouvements et espace.

« Établir des protocoles, expérimenter, valider… » Lorsque
Kitsou Dubois parle de son travail, on est surpris par le
vocabulaire scientifique. De fait, cette chorégraphe s'intéresse au corps en apesanteur et collabore pour cela avec de nombreuses équipes de chercheurs. Tout commence dans les années 1980
lorsque Kitsou Dubois rencontre une équipe d'architectes qui travaillent sur l'habitabilité de la navette spatiale Columbus. « Ils s'interrogeaient sur les déplacements des astronautes, l'ergonomie des équipements. Ils m'ont demandé d'y réfléchir avec eux », raconte-t'elle. Elle imagine un programme d'entraînement pour les astronautes basé sur la danse. En 1989, elle obtient une bourse “Villa Médicis Hors les Murs” qui lui permet d'effectuer un séjour à la Nasa.

Grâce au CNES (Centre National d'Études Spatiales) elle effectue son premier vol parabolique. « Cette expérience de l'apesanteur m'a bouleversée, confie Kitsou. J'ai décidé d'axer tout mon travail là-dessus et créé Gravité Zéro, mon premier spectacle sur ce thème. » S'interrogeant sur la production d'un mouvement en apesanteur, elle collabore ensuite avec le laboratoire de physiologie de la perception et de l'action (CNRS UMR 7152)
dirigé par Alain Berthoz. En parallèle, elle multiplie les vols
en apesanteur avec quelques danseurs et travaille avec Carole Tafforin, chercheuse en éthologie humaine et spatiale. Les spectacles se succèdent et ne se ressemblent pas : Trajectoire fluide, créé en 2002, parle des mouvements du corps avec et sans gravité, des trajectoires de l'homme dans son environnement.

Analogies, créé en 2004 à la Villette, est une réflexion sur la
fluidité, la continuité et l'inertie des mouvements, nourrie par
une collaboration avec L'Institut de mécanique des fluides de Toulouse.

« Sans l'Observatoire de l'Espace du CNES, je n'aurai jamais pu faire tout ça », souligne Kitsou Dubois. Cet organisme travaille en effet sur la présence de l'espace dans notre culture. Dans son nouveau spectacle, Traversées, la chorégraphe utilise les
sensations perçues par ses danseurs lors de séances de travail en vol et dans l'eau. Avec l'aide de chercheurs de la Maison des Sciences de l'Homme de Paris Nord, elle couvre ses danseurs de capteurs de mouvements qui leur permettent de contrôler la bande son avec leur propre corps. Ainsi ils réinventent à chaque représentation les liens entre mouvements et espace. « Le corps
de l'astronaute ou du danseur en apesanteur est une sorte de métaphore de l'époque actuelle : nous devons sans cesse nous réinventer des repères », résume t'elle.

Émilie Gillet