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CABLE MOUNTAINS

   
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CABLE MOUNTAINS

Tout a démarré par une étrange silhouette métallique dans un paysage de montagne. Sur une de ses images, zir avait capturé cette structure, mobilier a priori disgracieux des montagnes, symbole du tourisme dans les paysages alpins. L'idée fit son chemin doucement. C'est au cœur de cette cohabitation étrange entre nature sauvage et infrastructure des sports d'hiver que le
photographe a su reconnaître une véritable poésie visuelle.

Cette série s'est construite au gré de visites régulières
pendant 3 hivers, dans les jours blancs, les ambiances
brumeuses, dans les nuits de pleine lune, sous les flocons, dans les brillances des cristaux… Le regard a enrobé ces sculptures fonctionnelles, voyagé entre les câbles, détaillé les rouages, escaladé les pylônes. La météo changeante a fourni des lumières
dignes de conférer à chaque mot de ce langage métallique une consonance poétique.

Au fil des photographies, on accompagne chaque expédition du photographe dans ces contrées hivernales. Pas à pas, nos pieds
se placent dans les empreintes qu'un guide a laissées dans la couche de neige, pour lever les yeux sur ce que notre regard voudrait d'abord éviter : cette organisation humaine incongrue au sein d'un paysage que nous souhaitions intact. Zir nous propose d'appréhender cette matière dans le dialogue esthétique qu'elle entretient avec les éléments naturels. La lumière caresse les frêles silhouettes de fer, qui prennent des allures de machines maladroites, d'insectes techniques s'agrippant au manteau blanc. Quelquefois, leur graphisme délicat des
installations strie la brume de fils et d'éléments en suspension qui semblent flotter loin de toute matérialité. Dans d'autres photographies, le métal se concentre pour s'organiser en tissages absurdes, fermement cramponnés au flanc des montagnes.

Le regard voyage, passe d'ambiances diurnes cotonneuses, où les formes évoquent parfois celles des lignes ferroviaires, des constructions des fêtes foraines, aux scènes nocturnes qui rendent au décor sa puissance menaçante, avec une présencehumaine lointaine, un village lumineux comme un mirage.

Zir laisse au spectateur le soin de juger, d'élaborer son propre discours idéologique sur l'existence des remontées mécaniques, de définir la symbolique des structures qu'il photographie. Là n'est pas son propos. Il nous donne à voir un cheminement personnel dans un décor dont il saisit une facette inédite.


C'est soudain l'agencement graphique des éléments qui capte notre attention. Le vocabulaire ainsi isolé permet de réécrire le panorama dans des phrases nouvelles. La lourdeur peut alors se faire légèreté, le volume se traduire en dessin, le fonctionnel se muter en esthétique. La prise de vue est ici une quête solitaire, dans un silence feutré d'où naîtra une curieuse mélodie.

Au bout du voyage, on a le sentiment d'avoir assisté à une
conversation secrète entre deux interlocuteurs contradictoires, éclairée par une lumière presque surnaturelle. Entre l'humain et le paysage, le dialogue a emprunté une langue métallique.
Toutefois, de cela, on conserve une émotion proprement musicale.


Séverine Pache
Conservatrice adjointe du musée Suisse de l'appareil photo,
Vevey.